2025/06/16 by Renaud Robert
#copie #description #imitation #peinture #sculpture
paper · doi:10.58048/2968-9198/24722
Il est sans doute dangereux de projeter sur les modes de production antiques des œuvres d’art (plastiques et littéraires) des concepts contemporains tels que celui d’« inter-œuvre ». Pourtant, la pratique même de la réplique d’œuvres célèbres (opera nobilia), en peinture ou en sculpture, invite à s’interroger sur le statut de la copie. Jusqu’à quel point peut-elle être considérée comme « autonome » par rapport à son modèle, notamment dans le cas où l’imitation obéit au principe de l’aemulatio, consistant à introduire des modifications, parfois imperceptibles, dans la réplique ? La question se pose de manière d’autant plus légitime que le plaisir du spectateur antique devant des œuvres dites « éclectiques » découlait de sa capacité à identifier les différents modèles de l’œuvre produite par le sculpteur ou le peintre, en somme à savoir mesurer les écarts et les similitudes qui fondent ou non l’originalité de l’imitation. Si la « migration médiale » peut-être considérée comme productrice d’inter-œuvres, la pratique antique de l’ecphrasis, fondée sur une relation spéculaire entre peinture et poésie (ut pictura poesis), est source d’inter-œuvres multiples. L’œuvre d’art peut inspirer une description, notamment dans le cas où l’œuvre source a disparu. Un certain nombre de descriptions célèbres (Pausanias ou Lucien) ont, elles aussi, suscité des réalisations plastiques de l’Antiquité à l’époque moderne dans un jeu de renvois mutuel entre texte et image. La description dérivée du tableau tout comme le tableau inspiré par la description peuvent à bon doit être qualifiés d’inter-œuvres.AbstractIt is undoubtedly dangerous to project contemporary concepts such as “inter-œuvre” onto the ancient modes of production of works of art (plastic and literary). Yet the very practice of replicating famous works (opera nobilia), in painting or sculpture, invites us to question the status of the copy. To what extent can it be considered “autonomous” in relation to its model, particularly when the imitation obeys the principle of aemulatio, which consists in introducing modifications, sometimes imperceptible, into the replica? This question is all the more legitimate given that the ancient viewer's enjoyment of so-called “eclectic” works stemmed from his or her ability to identify the different models of the work produced by the sculptor or painter - in short, to be able to measure the differences and similarities that do or do not underpin the originality of the imitation. If “medial migration” can be seen as a producer of inter-works, the ancient practice of ecphrasis, based on a specular relationship between painting and poetry (ut pictura poesis), is a source of multiple inter-works. The work of art can inspire a description, especially when the source work has disappeared. A number of famous descriptions (Pausanias or Lucian) have also inspired plastic creations from Antiquity to modern times, in a game of mutual cross-referencing between text and image. Both the description derived from the painting and the painting inspired by the description can properly be described as inter-works.