2022/07/07 by Églantine Schmitt, Schmitt, Eglantine
Computer Science · #Cultural Insights and Digital Impacts #Data Visualization and Analytics #Mégadonnées #Méthodologie de recherche #Philosophie #Semantic Web and Ontologies
paper · doi:10.34746/cahierscostech73
openalex publication_date 2022/07/07 · openalex created_date 2025/10/10 · openalex updated_date 2026/07/01
L’enjeu de cette thèse de philosophie des sciences était de répondre à un problème pratique, qui s’est présenté à Églantine alors qu’elle travaillait comme analyste sur des données massives chez Proxem : comment produire des connaissances valides en manipulant de grandes masses de données qu’elle n’a pas constituées et qui ne sont pas le fruit d’une méthode scientifique reconnue ? En s’appuyant sur son expérience de terrain, Églantine propose un paradigme méthodologique pour la construction, l’exploration et l’interprétation des données massives. Par paradigme méthodologique, on entend un cadre théorique et pratique qui fournit autant de clés pour développer une méthode adaptée aux données et au projet épistémique envisagés. En faisant la part du mythe des big data et des pratiques effectives, elle nous montre comment les données numériques, toujours déjà manipulables, sont construites techniquement et épistémologiquement à partir des traces laissées par les individus et leurs médiations sur les supports informatiques. Cette construction s’appuie sur une logique de constitution qui requiert un cadre interprétatif et une continuité épistémique entre la donnée et les connaissances que l’on cherche à produire. Les sciences de la culture fournissent ainsi un cadre nécessaire, mais pas suffisant, à assurer cette continuité. Le calcul, incarné par les sciences des données et l’intelligence artificielle, actualise et instrumente cette continuité au prix du renoncement à s’envisager comme fin en soi. Ni le cadre théorique, ni le calcul, ne suffisent toutefois à rendre intelligibles les connaissances ainsi produites : c’est la médiation de l’interprétation, du récit et de la conception logicielle (ou design) qui matérialise, donne à voir et contextualise les connaissances ainsi produites. Ces dernières, enfin, ne sont pas légitimées par leur pur caractère véridictionnel, mais par leur capacité à proposer ou faciliter des décisions d’action, bien souvent en entreprise, elles-mêmes productrices de nouvelles traces numériques manipulables.