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Le pouvoir symbolique de l’anglais et le premier conflit linguistique au Cameroun

2024/12/17 by Assipolo, Laurain
#Conflit linguistique #diglossie #représentations sociolinguistiques #stéréotypage #tendances identitaires

paper · doi:10.48649/pshs.340

Abstract

Cette étude se propose de montrer que les conflits linguistiques ne surviennent pas toujours dans des contextes diglossiques. Il peut arriver que les protagonistes ne vivent pas sur le même territoire ou que les langues au cœur des dissensions ne soient pas les leurs. Le premier conflit linguistique au Cameroun est en effet lié à la perception valorisée d’une langue étrangère (l’anglais) par une communauté sociolinguistique. Il a opposé les missionnaires bâlois et les populations de la ville de Victoria au début de la colonisation allemande et a mis en jeu les rapports entre la langue, le prestige social, les identités et les représentations sociolinguistiques. Les Bâlois voulaient introduire le duala à Victoria où l’anglais avait acquis la fonction prestigieuse de langue de l’administration, et les baptistes anglais obligés de céder la place aux Allemands l’utilisaient lors de leurs offices religieux. Les populations de la ville vont s’opposer à cette décision dans la mesure où la connaissance de l’anglais permettait de trouver un emploi rémunéré. D’autres communautés sociolinguistiques seront, directement ou indirectement, impliquées dans le conflit : les Anglais et les Bakweri. Les Anglais pour les possibilités offertes par la connaissance de leur langue, les Bakweri parce qu’ils étaient stigmatisés par les Victoriens, et parce que le duala était proche de leur langue. Victoria nous apprend finalement qu’un conflit linguistique peut avoir pour cause la tentative d’imposition d’une langue sur laquelle pèse le poids des stéréotypes dévalorisants qui stigmatisent un groupe. La communauté sociolinguistique à l’origine de la stigmatisation survalorise une identité qu’elle adosse sur sa cohabitation avec des étrangers perçus comme bienveillants. Elle croit partager avec ceux-ci un destin commun et un mode de vie qui font d’eux une communauté évoluée, contrairement aux bushmen de l’arrière-pays, les Bakweri.

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