1997/01/01 by Charles Engrand
Arts and Humanities · #Historical Studies and Socio-cultural Analysis #European Political History Analysis
paper · doi:10.3406/rnord.1997.5237
Les déplacements habituels des individus, à partir d'une localité particulière, demeurent difficiles à dénombrer et à saisir aux Temps modernes. A cet égard, une documentation de premier ordre est fournie par les passeports que rendait nécessaires, même pour les voyages à l'intérieur du royaume, le durcissement de la législation royale contre les vagabonds en 1764 et au-delà. Les archives communales d'Amiens conservent une belle série de registres aux sauf-conduits, de 1767 à 1791, dont l'exploitation sérielle est entreprise. Le présent article étudie, à titre d'exemple, les principales informations relatives au demi- millier de voyageurs sortis de l'agglomération, seuls ou accompagnés, au cours de l'année 1772. La prédominance des hommes et des jeunes constitue la caractéristique essentielle de cet ensemble. Les motifs des voyages, généralement liés à l'activité économique, et les lieux de destination sont spécifiés. L'analyse socio-professionnelle fait notamment apparaître les marchands dans toute leur diversité et aussi le groupe complexe des hommes de métier, partant chercher du travail ou reprenant une pérégrination passagèrement interrompue. Des personnages pittoresques ou pitoyables manifestent également leur présence : marins et militaires, comédiens, bateleurs et acrobates, pèlerins ou quêteurs, malades et estropiés. Les registres aux passeports révèlent ainsi les finalités des déplacements tandis qu'ils recomposent, au moins partiellement, les images contrastées du monde des voyageurs dans les dernières décennies de l'Ancien Régime.