2015/01/01 by André d' Anna, Christiane Bosansky, Ludovic Bellot-Gourlet +4 · 1 citation
Arts and Humanities · Social Sciences · #Archaeological and Geological Studies #Pleistocene-Era Hominins and Archaeology #Diverse Cultural and Historical Studies #Humanities #Art #Prospection #Philosophy #Geography #Archaeology
paper · doi:10.3406/bspf.2015.14599
openalex publication_date 2015/01/01 · openalex created_date 2025/10/10 · openalex updated_date 2026/07/30
Les stèles provençales néolithiques gravées sont bien connues avec plus de cinquante exemplaires. Les deux stèles de Gargas ont été découvertes à l’occasion d’une prospection de surface sur les marges nord de la plaine du Calavon à environ 45 km à l’est d’Avignon. C’est là une région de grande densité de gisements néolithiques dont plusieurs ont fait l’objet de fouilles : la Brémonde à Buoux, les Martins à Roussillon, les Fabrys à Bonnieux et le dolmen de l’Ubac à Goult. La stèle 1 est entière mais localement altérée et sa surface est encroûtée. On peut cependant reconnaître un calcaire dense et fin. La forme est triangulaire. Les flancs et le sommet sont faiblement convexes. La face est légèrement concave et témoigne d’un travail de dressage avant la réalisation du décor. Au centre, la partie réservée n’est pas en creux comme c’est généralement le cas sur les stèles provençales. Elle est détériorée. Cette zone réservée verticale, est resserrée à mi-hauteur puis s’évase vers le bas. Les détails anatomiques, bloc sourcils-nez-yeux, ne sont pas visibles du fait de la détérioration, mais ce qui reste de la zone ne montre ni relief ni creux. De part et d’autre deux bandes margées verticales sont gravées de hachures obliques simples. À la partie supérieure, le décor est constitué de quatre registres : deux bandes horizontales lisses, une bande de chevrons simples horizontaux, deux bandes horizontales de hachures obliques de droite à gauche et une bande de chevrons doubles horizontaux. Le décor gravé est rehaussé de pigment rouge vif déterminé comme du cinabre. La stèle 2 n’est pas totalement intègre, la base est absente. L’ensemble de la surface est encroûté. Le matériau utilisé est un peu plus grenu que celui de la stèle 1. La surface de la face, plate à localement convexe, ne semble pas avoir été dressée. Le décor est gravé, rehaussé de couleur rouge vif, également du cinabre. Il est moins soigné que celui de la stèle 1. Il est organisé en trois zones autour de la surface réservée verticale qui ne porte ni creux, ni relief sculptés, ni apparemment de couleur. Les attributs anatomiques, bloc sourcils-nez-yeux, ne sont pas représentés. Les bandes verticales latérales sont constituées de hachures obliques. À la partie supérieure on observe deux bandes horizontales : une bande étroite dont le décor est difficilement lisible et au-dessus une frise de chevrons. La structure globale de ce décor est conforme à celle observée sur les autres stèles provençales, mais la bande centrale est originale par sa forme et l’absence de figuration. La localisation de la découverte, au nord du Luberon, dans la partie nord de l’aire de répartition des stèles provençales, confirme que plusieurs sont liées à la vallée du Calavon, comme d’autres le sont à celles de l’Arc et de la Durance. Si la structure du décor des stèles de Gargas est conforme à ce qui était connu, dans le détail il y a des aspects originaux : la forme du visage est à bords évasés vers le bas et ne fait apparaître ni le nez, ni les yeux. Les stèles de Gargas ont été recueillies en surface et le mobilier associé indique qu’il y avait là un contexte, probablement mal conservé du fait de la localisation du site et des labours successifs. Un premier examen montre une très grande homogénéité. L’industrie en silex taillé est très majoritairement sur silex «blond » de la région de Murs. La station a également livré des pièces en obsidienne du Monte Arci en Sardaigne. Bien que généralement privées de contexte les stèles provençales gravées sont bien datées. Elles ont toujours été attribuées au Chasséen récent. Elles seraient donc antérieures aux manifestations de la grande statuaire de la fin du Néolithique. Les découvertes de Gargas semblent le confirmer ; elles s’inscrivent dans un cadre chronoculturel de la fin du Néolithique moyen entre 3800 et 3600 av. J.-C. Si la datation des stèles provençales semble établie, il n’en n’est pas de même pour leur contexte précis et leur fonction. Un lien avec des faits funéraires peut-être évoqué, mais les stèles ne sont pas directement associées aux sépultures. Par ailleurs, aucune des grandes nécropoles à sépultures en fosses de la fin du Néolithique moyen ne livre de tels monuments. Il semblerait donc que les stèles provençales constituent un phénomène qui pourrait être associé à des locus particuliers d’établissements plus vastes comme cela est le cas apparemment à Beyssan.