1971/08/01 by Jacques Le Goff, Emmanuel Le Roy Ladurie · 1 citation
Arts and Humanities · Social Sciences · #Historical and Literary Analyses #Historical and Literary Studies
paper · doi:10.3406/ahess.1971.422431
openalex publication_date 1971/08/01 · openalex created_date 2016/06/24 · openalex updated_date 2026/06/11
« La création populaire ne fournit pas toutes les formes mathématiquement possibles. Aujourd'hui, il n'y a plus de créations nouvelles. Mais il est certain qu'il y a eu des époques exceptionnellement fécondes, créatrices. Aarne pense qu'en Europe ce fut le cas au Moyen Age. Si l'on songe que les siècles où la vie du conte populaire fut la plus intense sont perdus sans retour pour la science, on comprend que l'absence actuelle de telle ou telle forme ne suffise pas à mettre en cause la théorie générale. De même que, sur la base des lois générales de l'astronomie, nous supposons l'existence d'étoiles que nous ne voyons pas, de même nous pouvons supposer l'existence de contes qui n'ont pas été recueillis ». (V. Propp, Morphologie du conte , trad. franc., Gallimard éd., Paris, 1970, pp. 189-190.) Au chapitre IX de la quatrième partie du De nugis curialium , écrit entre 1181 et 1193 par un clerc vivant à la cour royale d'Angleterre, Gautier Map, est racontée l'histoire du mariage d'un jeune homme, visiblement un jeune seigneur, « Henno aux grandes dents » (Henno cum dentibus) « ainsi appelé à cause de la grandeur de ses dents », avec une étrange créature Un jour, à midi, dans une forêt proche des rivages de la Normandie, Henno rencontre une jeune fille très belle et vêtue d'habits royaux, en train de pleurer. Elle lui confie qu'elle est rescapée du naufrage d'un navire qui la conduisait vers le roi de France qu'elle devait épouser. Henno tombe amoureux de la belle inconnue, l'épouse et elle lui donne une très belle progéniture : « pulcherrimam prolem ».