2026/07/23 by Thioro Gueye
Social Sciences · #African Studies and Ethnography #African Studies and Geopolitics #New Caledonia Indigenous Studies
paper · doi:10.1093/afraf/adag022
openalex publication_date 2026/07/23 · openalex created_date 2026/07/24 · openalex updated_date 2026/07/24
« À partir de 2021, la communication politique au Mali–et plus largement dans l'espace sahélien–voit s'imposer un terme devenu central: résilience. Loin de renvoyer uniquement à une capacité sociale d'adaptation face aux chocs, ce terme est progressivement investi d'une signification morale et politique, faisant de l'endurance face à la souffrance une attente civique implicite et un marqueur de loyauté » (p.63). De ce constat, Etienne Fakaba Sissoko interroge un phénomène clé: « comment, dans des régimes militaires sahéliens contemporains, certains usages du mensonge politique peuvent-ils s'institutionnaliser comme normes morales et instruments de légitimation? » (p.22). L’argument principal de l’ouvrage soutient que les crises ne sont pas seulement des évènements, mais qu’elles sont reformulées comme des « épreuves nécessaires ». La souffrance devient dès lors une norme civique et le sacrifice une preuve de patriotisme. L'ouvrage est structuré en quatre parties qui regroupent treize chapitres. La première partie, consacrée aux fondements conceptuels et épistémologiques, s'ouvre sur une réflexion autour de la crise de la vérité publique (chapitre 1). Elle propose ensuite une typologie des régimes hybrides, en distinguant notamment l'autoritarisme légal, la démocratie illibérale et l'autoritarisme compétitif (chapitre 2). Cette partie introduit également la théorie de l'inversion morale d'Etat (chapitre 3), avant de présenter le modèle ARI (autoritarisme, résilience, inversion), qui constitue la grille d'analyse centrale de l'ouvrage (chapitre 4). La deuxième partie du livre aborde « le Sahel comme laboratoire empirique ». Elle analyse d'abord la rhétorique de la « résilience patriotique » à travers les mécanismes de communication de crise et la moralisation de la souffrance (chapitre 5). Elle s'intéresse ensuite aux dispositifs médiatiques et numériques en analysant le rôle des influenceurs, des collectifs coordonnés et de l'économie politique du clic (chapitre 6). Et le dernier chapitre de cette deuxième partie, explique comment le droit est utilisé pour restreindre le pluralisme et imposer une logique politique unifiée (chapitre 7). La troisième partie de l’ouvrage est dédiée aux outils de mesure, aux tests empiriques et à la robustesse analytique. Elle explore le concept de droit moral caractérisé par la criminalisation du doute et l'imposition d'un patriotisme obligatoire (chapitre 8). Elle analyse également l'économie morale de l'autoritarisme, en insistant sur les logiques de discipline transformationnelle et de souveraineté fictive (chapitre 9). Cette partie se conclut par la construction de l’indice d'inversion moral et sa validation par comparaison internationale (chapitre 10). Enfin, la quatrième partie s'intéresse à la mythologie, aux résistances et sortie du cycle. Elle propose une analyse du mythe du peuple résilient dans les régimes sahéliens et configurations d'inversion morale (chapitre 11), avant d'examiner l'exportation mondiale du mensonge moral à partir de variantes comparées de l’inversion morale (chapitre 12). Le dernier chapitre de l'ouvrage se conclut par une réflexion sur la « désinversion morale » et sur la nécessité de réhabiliter une éthique de la vérité publique (chapitre 13).