2024/01/01 by Alexandre Beaudet · 1 voice
Arts and Humanities · Social Sciences · #Medieval Architecture and Archaeology #Medieval and Early Modern Justice
paper · doi:10.4000/135o7
openalex publication_date 2024/01/01 · openalex created_date 2025/10/10 · openalex updated_date 2026/05/21
Les rapports fonciers des artisans altomédiévaux sont des éléments structurants de leurs relations de production et constituent donc un terrain de recherche privilégié pour l’histoire du travail. Cet article cherche à poser les bases d’une réflexion sur les formes de concessions foncières accordées aux artisans altomédiévaux, de manière à nuancer le lieu commun du tenancier-artisan. Il se concentre sur le lien entre ces concessions et les relations de production des artisans. Ainsi, trois documents qui lient explicitement le savoir-faire artisanal à la terre sont principalement mis à profit : le premier est le cas célèbre des fabri de la villa de Boissy dans le polyptyque de Saint-Germain-des-Prés. Le deuxième concerne la conversion d’un loyer agricole en un loyer composé d’outils en fer par le faber Gudepert. Le troisième document est un bail emphytéotique concédé par l’évêque de Ravenne à trois maçons et dont une clause l’attache à la pratique de leur savoir-faire. Mis en relation avec d’autres exemples, notamment des bénéfices concédés à des artisans, ces cas montrent que les terres tenues par des artisans ne peuvent pas être systématiquement interprétées comme des tenures exploitées par ceux‑ci et que leurs fonctions sont multiples : la rémunération, la compensation, l’entretien d’une relation personnelle et la pérennisation d’un savoir-faire. De plus, l’ampleur et la nature de certains biens fonciers prouvent que les artisans n’étaient pas nécessairement exploitants de la terre, ils pouvaient aussi en être les rentiers.