2024/09/20 by Mills, David, Kitchen, Stephanie, Sidi-Hida, Bouchra
paper · doi:10.57832/mxez-n689
Après soixante-quinze ans d’indépendance, l’édition de revues académiques africaines se trouve à la croisée des chemins. Ce n’est pas de cette manière que Nkrumah envisageait la modernité scientifique de l’Afrique. S’exprimant en 1964 lors de la pose de la première pierre du centre des réacteurs atomiques du Ghana, il proposait une vision postcoloniale élargie pour une science africaine « qui ne peut pas se permettre d’être à la traîne » (Nkrumah, 2007). Le projet de réacteur fut annulé trois ans plus tard. Certains font référence à un prétendu « âge d’or » de l’académie africaine émergente dans les premières années qui ont suivi l’indépendance, avec des congrès scientifiques, des départements de recherche entreprenants, des revues littéraires dynamiques et de nouvelles presses universitaires (Yanney-Wilson, 1961 ; Eisemon, 1979 ; Sharp, 2019). Si l’édition indépendante et universitaire africaine a connu des progrès significatifs avant l’austérité imposée par les ajustements structurels, une partie de cette nostalgie peut paraître exagérée. Caroline Davis (2020) a montré, par exemple, comment les organisations écrans financées par la Central Intelligence Agency (CIA) ont encouragé « la création de nouveaux noyaux littéraires à travers l’Afrique qui ont favorisé la gestion locale et la production littéraire locale ». Nombre de ces revues, de Drum à Black Orpheus, ont en effet connu un succès commercial, créant « l’illusion de la création d’une culture décentralisée et avant-gardiste de la petite presse » (Davis, 2020).