2025/01/01 by Abdelilah FARHI
Arts and Humanities · Social Sciences · #French Literature and Critical Theory #Caribbean and African Literature and Culture #Literature, Musicology, and Cultural Analysis
paper · doi:10.48734/akofena.n018.vol.2.08.2025
Résumé : Marguerite Duras procède à une déconstruction des assises narratives. Dans L’Amant (1984), le récit vacille, se dérobe, refuse au lecteur la béquille des certitudes chronologiques. L’analepse se fait labyrinthe, non point retour maîtrisé vers l’autrefois mais plongée dans les eaux troubles d’une mémoire qui ne distingue plus le vécu du fictif. Le « je » et le « elle » s’entremêlent ; la narratrice se dédouble, s’observe du dehors, devient spectatrice de sa propre dissolution. La prolepse, loin d’éclairer l’avenir, l’ensevelit sous les modalités du doute : ce qui sera n’est jamais que ce qui aurait pu être, prophétie fragile, conjecture tissée dans l’incertitude. Les scènes dialoguées abolissent les guillemets, les pauses glissent d’un temps à l’autre sans prévenir, tout concourt à cet embrouillement généralisé où les voix se fondent en polyphonie. Cette poétique de l’indistinction révèle la blessure coloniale et sexuelle : le sujet féminin traumatisé refuse l’assignation, se dérobe à toute saisie identitaire stable. L’impossibilité de raconter linéairement devient alors la forme même du trauma, mais aussi l’acte de résistance d’un être qui se refuse à l’objectivation. Mots-clés : temporalité, narration, brouillage, trauma, Marguerite Duras.