2024/07/15 by Saaid, Fatima Zohra
paper · doi:10.48399/imist.prsm/amjau-v6i1.50195
Cette thèse se propose d’étudier les sources théoriques et pratiques en architecture et en urbanisme, à l’origine de l’invention d’habitat du plus grand nombre au Maroc oeuvre de la figure de Michel Ecochard et comprendre sa continuité dans la manière de faire la ville marocaine contemporaine. La scansion temporelle que nous avons choisie se situe entre 1946- 1964, une période clé pour saisir l’histoire de l’architecture et de l’urbanisme modernes au Maroc et explorer le caractère novateur de l’oeuvre de l’architecte et urbaniste Michel Ecochard. Notre choix pour un tel sujet de thèse, consistant à établir des liens de façon dialectique, entre la maison à patio et la naissance d’une nouvelle théorie de l’urbanisme moderne s’inscrit dans le sillage des nouvelles recherches conduites dans le cadre des études coloniales et post-coloniales, qui appellent à une relecture de l’histoire des anciennes colonies et notamment les pratiques et productions d’architectes qui ont été établies dans ce contexte. L’architecture et l’urbanisme modernes au Maroc ont été marqués par une littérature en histoire dominée par des postures épistémologiques réduisant le terrain colonial du Maroc à un terrain d’expérimentation des modèles architecturaux et urbains exportés depuis la métropole. En faisant l’hypothèse que l’oeuvre de Michel Ecochard restitue l’invention d’une nouvelle théorie en urbanisme moderne que nous qualifions d’« urbanisme social », notre posture s’écarte du mythe de la colonie comme laboratoire d ’expérimentation et de l’acceptation dogmatique qui conçoit cette oeuvre comme une solution d’habitat catégorisée littéralement dans le registre du modèle progressiste conçu selon une opposition doctrinale avec le modèle culturaliste. Pour démontrer cette hypothèse deux opérations urbanistiques des années 1950. Les Carrières Centrales à Casablanca et Yaacoub Mansour à Rabat. L’approche que nous avons adoptée est à la fois documentaire et historiographique. Essentiellement guidée par la méthode de la micro-histoire, cette recherche emprunte un corpus de textes en histoires et théories en architecture et en urbanisme autour des notions de "Type" et de "Modèle" ainsi qu’un nouvel outillage méthodologique explorant une littérature anglophone et des archives historiques inédites constituées de correspondances, de documents, de plans et de photographies. Ce travail permet de mettre en évidence le caractère novateur, pour son époque, de l’oeuvre de Michel Ecochard dans la résolution de l’habitat du plus grand nombre au Maroc. Par sa posture, et profitant de ses expériences sur les ex-terrains coloniaux, Ecochard développe une nouvelle approche « sociale et anthropologique », pour inventer des typologies et des modèles architecturaux et urbains adaptés au contexte de la colonie. Son oeuvre constitue un remaniement substantiel des principes doctrinaires fonctionnalistes de l’orthodoxie moderniste en architecture qui prône l’universalisme des modèles urbains et architecturaux modernes. L’oeuvre de Michel Ecochard d’habitat du plus grand nombre au Maroc cristallise une nouvelle théorie d’urbanisme social, qui définit substantiellement un complémentarisme entre les modèles progressiste et culturaliste, faisant ainsi du terrain colonial du Maroc un véritable laboratoire urbain de recherche de nouveaux modèles en architecture et en urbanisme. Ecochard a ainsi ouvert la voie vers le renouvellement de la pensée architecturale et urbanistique moderne dès les années 1950. Cette recherche, met en évidence aussi le fait que Michel Ecochard a joué le rôle de vecteur de transfert de savoirs et de diffusion des modèles urbains et architecturaux qu’il a développés du Sud au Nord; de la colonie vers la métropole, mais aussi Sud-Sud. Les marques indélébiles de ce nouveau modèle sont toujours vivantes dans la manière de concevoir la ville marocaine aujourd’hui et visibles même au-delà du Maroc. Mots clés : Michel Ecochard, maison à patio, type et modèle, architecture moderne, habitat du plus grand nombre, Maroc, laboratoire urbain.