2024/12/24 by Ndoye, Bado
#capitalisme #révolution numérique #Économie de l’attention
paper · doi:10.57832/d1s0-bg16
Au regard de la façon dont le numérique est en train de bouleverser l’ordonnancement de nos vies, non seulement en reconfigurant l’architecture des savoirs, mais aussi tous les domaines de notre existence quotidienne, il est devenu courant d’y voir une révolution dont on peut dire qu’elle a déjà des conséquences qui pourraient être sans commune mesure avec les grandes révolutions techniques qui ont jalonné l’histoire de l’humanité. Pour l’instant, l’on ne peut en prendre l’exacte mesure, d’une part parce que, témoins contemporains, nous manquons de suffisamment de recul historique pour juger, et d’autre part parce qu’elle n’a pas encore fini de dérouler tous ses effets. Mais l’on peut voir déjà de grandes lignes se dessiner, en particulier celles d’une économie nouvelle articulée autour de la découverte d’une nouvelle rareté – l’attention – qui se met en place, et dont on voit déjà qu’elle est en train de reconfigurer nos modes de production, d’échanges et de communication. Je voudrais faire voir dans ce qui suit que ce qu’il est désormais convenu d’appeler « économie de l’attention » marque une étape nouvelle dans l’évolution du capitalisme, lequel, dans sa frénésie de quête de nouveaux territoires, se tourne désormais vers nos ressources psychiques. Pour cela, je procéderai en un double mouvement : je montrerai d’abord en quoi consiste la radicale nouveauté du numérique, en faisant la généalogie et en faisant voir de quelle histoire et de quelle épistémologie il procède ; ensuite je caractériserai l’économie de l’attention, en montrant en quoi elle constitue une nouvelle phase du développement du capitalisme, ce qui revient à dégager les stratégies par lesquelles elle s’est instituée comme modèle économique, avant de faire voir les dangers potentiels qu’elle implique.