2024/07/24 by Combes, Hélène
#FOS: Political science
paper · doi:10.25647/etudesduceri.189-190.11
« Au Mexique, les élections se gagnent en achetant la pauvreté ». Ce tweet, largement repris sur les réseaux sociaux au lendemain des élections présidentielle et législatives de 2012, illustre une opinion socialement et historiquement construite sur le long terme dans ce pays où depuis la révolution mexicaine de 1910, la question de la sincérité électorale est au cœur de la bataille politique. En ce 2 juillet 2012, la journée électorale se déroule sans incident, et ce, alors même que la « guerre contre le narcotrafic » met une partie du pays à feu et à sang. Un scrutin exemplaire pour l’Institut fédéral électoral (Instituto Federal Electoral, IFE), organe étatique indépendant en charge de l’organisation des élections fédérales. Pourtant, le candidat de la coalition de gauche arrivé en deuxième position, Andrès Manuel López Obrador conteste les résultats et déclare le soir même : « nous n’avons pas dit notre dernier mot ». Il réitère le lendemain, affirmant que « le processus électoral n’a été manifestement ni équitable ni propre ». Dans les jours qui suivent, les témoignages d’achats de votes affluent sur les réseaux sociaux, très actifs pendant cette campagne. En l’espace de trois jours, un cadre dominant d’interprétation s’impose : l’élection aurait été entachée par l’achat massif de voix des plus démunis. Dans ce court article, nous tenterons de donner quelques clés de lecture pour comprendre la situation mexicaine sans nous prononcer sur la fatidique question de l’altération des suffrages, et ce, pour plusieurs raisons. En premier lieu car le temps des sciences sociales n’est pas celui du contentieux électoral et, à quelques semaines à peine du scrutin, nous ne disposons ni du matériau ni de la distance nécessaire pour juger de cette question. En second lieu car, comme l’a montré l’histoire sociale des élections en France, trancher cette question serait participer de la bataille même de la définition des bonnes pratiques démocratiques, question épistémologiquement complexe puisque l’opération électorale, contrairement à une vision aujourd’hui dominante, n’est pas (seulement) une opération technique et s’insère dans le social, rendant extrêmement complexe la qualification du vote.