2024/06/21 by Khalfallah, Nejmeddine
#Qānūn #droits arabes #emprunt #terminologie juridique #traduction juridique
paper · doi:10.34630/polissema.vi.5635
Il est un lieu commun d’affirmer, à tort, que les droits arabes seraient essentiellement inspirés des sources religieuses connues sous le nom de šarī‘a. De même, il est communément admis que la majorité des normes juridiques seraient fondées sur des contenus religieux, inférant que l’islam réglemente toutes les sphères de la vie, qu’elles soient cultuelles, transactionnelles ou pénales. Or, depuis le Xème siècle, la langue arabe classique recourt au nom qānūn dans son thesaurus en l’empruntant au grec kanôn (Κανών) en référence aux normes, humaines et temporelles, que les souverains et docteurs de Loi édictaient et appliquaient. Dans cette étude, nous revisiterons ce terme qānūn afin d’en explorer les origines et de mettre en évidence les circonstances de son intégration progressive dans la langue arabe classique et moderne. Ce terme apparaît, désormais, comme l’équivalent arrêté dénotant le champ juridique positif correspondant aux notions de loi, norme et droit imposés par un État. Ces acceptions semblent s’être greffées au fil des siècles et avoir fini par renvoyer aux codes et textes de loi actuels régissant la Tunisie. Toutefois, loin d’être une dénomination technique englobant l’ensemble des lois et dispositions, ce terme est parfois brandi, à des fins politiques, par l’État tunisien dans l’optique de vanter la conformité de sa politique au droit.