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Les pièges de l’(anti)essentialisme : le panafricanisme, l’afropolitanisme et la condition globale des Noirs

2023/09/18 by Fall, Alioune
#Atlantique noir #Panafricanisme #afropolitanisme #condition noire #diaspora

paper · doi:10.57832/nrtk-ze47

Abstract

Les discours sur la race du siècle des Lumières ont longtemps fait l’objet de critiques au sein de la tradition intellectuelle noire. Si certains théoriciens noirs de la race comme W.E.B Du Bois ou Edward Wilmot Blyden ont répondu aux idées racistes de l’humanisme par des discours tels que le panafricanisme, d’autres comme Kwame Anthony Appiah et Paul Gilroy ont adopté une position beaucoup plus critique à l’égard de l’expression de l’identité raciale en tant que contre-discours de la modernité européenne. En fait, ils remettent même en question les fondements raciaux de cette forme de radicalisme noir qui, selon eux, exprime les limites de l’approche des identités à travers le paradigme racial. Cette conversation philosophique crée deux courants différents dans la tradition intellectuelle noire : une école de pensée racialiste qui reconnaît la condition globale des Noirs comme ontologie afin d’exprimer un discours panafricaniste qui libère le sujet noir de l’hégémonie blanche, et une école anti-racialiste qui dénonce le racisme anti-Noirs en présentant la modernité européenne comme un syncrétisme culturel qui transcende les particularités raciales. Ces deux interventions philosophiques sur la race, le racisme et les structures politico-sociales anti-Noirs influencent les articulations contemporaines des subjectivités noires postcoloniales qui soulignent une expérience afro-atlantique, un enracinement dans la modernité occidentale et un discours sur la conscience de soi. Nous soutenons donc qu’il est théoriquement injustifié d’être d’accord, comme Cheryl Sterling l’affirme dans « Race Matters: Cosmopolitanism, Afropolitanism, and Pan-Africanism » (2015), que les discours relatifs à l’africanité universelle tels que l’afropolitanisme, l’afrochic ou l’afrofuturisme sont exclusifs et élitistes et ne sont donc pas panafricains. L’africanité doit être comprise dans le contexte mondial contemporain comme une expression de la différence culturelle qui célèbre l’enracinement dans l’expérience afro-atlantique, un rapport à la modernité européenne via l’État-nation, et une articulation de l’estime de soi qui réinvente l’avenir des personnes de descendance africaine. Dans cette optique, une compréhension panafricaniste de ces expressions générales de l’africanité réside dans sa réinvention en tant que discours humaniste fondé sur les trois principes suivants : la libération et l’autodétermination des Noirs, la subjectivité postcoloniale et l’affiliation (trans)nationale. Ces trois principes montrent que les manifestations de la condition noire à l’ère postcoloniale transcendent l’identification collective des Noirs à une origine africaine singulière, comme le préconisaient les idées de Blyden sur le retour à une Afrique noire. Il s’agit plutôt d’une exploration continue de la dignité des personnes de descendance africaine, que ce soit en Afrique ou dans la diaspora noire, d’une réinvention, au-delà du « contrat racial », des institutions de pouvoir telles que l’État-nation qui étouffent constamment la prédominance de la vie noire, et d’une reconnaissance de la dimension transformatrice des identités afro-atlantiques qui valorisent les expériences des personnes de descendance africaine au sein et au-delà de l’État-nation lorsqu’elles entament des voyages réparateurs sur le continent africain.

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